Maslenitsa — le soleil, les crêpes et l’âme vivante de la Russie
Découvrir Maslenitsa, c’est entrer dans l’une des traditions les plus vivantes de Russie, née des anciens rites du soleil et du passage de l’hiver au printemps. Entre le feu rituel, les crêpes dorées, les chants populaires et la chaleur des rencontres, chaque jour de la semaine de Maslenitsa raconte une histoire de lumière, de renouveau et de culture russe. Des origines slaves à la semaine festive et au dimanche du pardon, des tables familiales aux images vibrantes de Boris Kustodiev, la fête révèle un voyage à travers la mémoire, l’art et l’âme populaire de la Russie.

Peu de visiteurs perçoivent toute la profondeur de Maslenitsa : derrière la joie, les blinis et les fêtes d’hiver se cachent une tradition ancienne, un symbole du soleil et un moment d’humanité où l’on pardonne, partage et accueille le printemps.

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Pour ce nouvel épisode de notre voyage virtuel en Russie, je vous emmène au cœur de Maslenitsa — la fête la plus lumineuse de l’hiver russe, celle où l’on célèbre le soleil, les crêpes et le retour du printemps. En russe, on l’appelle Ма́сленица (Maslenitsa, la fête des crêpes et de la fin de l’hiver), une semaine qui précède le Вели́кий пост (Velikiy post, le Grand Carême dans la tradition orthodoxe).

Difficile d’imaginer une tradition russe plus vivante : héritage des anciens rites slaves, intégrée au calendrier orthodoxe avant le Grand Carême, puis réinventée aujourd’hui dans les villes et les villages. Maslenitsa est à la fois mémoire, fête populaire et moment profondément humain.

Je vous propose d’abord une courte vidéo pour ressentir l’atmosphère de cette semaine unique — le feu, la neige, les blinis dorés, les rires et la chaleur des rencontres.

Et plus bas, un voyage à travers ses origines, la symbolique de la semaine de Maslenitsa, le dimanche du pardon, les saveurs traditionnelles et les images vibrantes que l’art russe — notamment Boris Kustodiev — a laissées de cette fête solaire.
En Russie, on mange le soleil – la fête de Maslenitsa
© Alarusse.co
[ Cette capacité russe à intégrer l’ancien et le nouveau — le rite païen et le calendrier orthodoxe — explique la profondeur de Maslenitsa aujourd’hui ]
Histoire et origines — du rite solaire à la Maslenitsa orthodoxe

Avant d’être une fête populaire pleine de rires et de blinis dorés, Ма́сленица était un ancien rite du passage. Bien avant le christianisme, les Slaves célébraient la fin de l’hiver et le retour progressif du soleil. Le feu, les cercles, les chants collectifs et les festins avaient une signification cosmique : accompagner la nature dans son réveil, aider la lumière à vaincre l’obscurité, appeler le printemps.

Le symbole central — la crêpe ronde et dorée, le блин (blin, crêpe) — évoque encore aujourd’hui le soleil. Manger des blinis, c’était partager symboliquement sa chaleur et son énergie. Brûler l’effigie de l’hiver à la fin de la semaine n’était pas seulement un spectacle, mais un geste rituel : laisser partir le froid, les peurs, l’immobilité.

Avec la christianisation de la Russie, la tradition ne disparaît pas. Elle se transforme. Ма́сленица devient la semaine qui précède le Вели́кий по́ст — le Grand Carême dans l’orthodoxie. On renonce déjà à la viande, mais on consomme encore des produits laitiers, d’où le nom même de la fête, lié au mot « ма́сло » (beurre). C’est une période de transition : on se prépare spirituellement, tout en vivant encore dans la joie et l’abondance.

Cette capacité russe à intégrer l’ancien et le nouveau — le rite païen et le calendrier orthodoxe — explique la profondeur de Maslenitsa aujourd’hui. Elle n’est ni totalement folklorique, ni uniquement religieuse. Elle appartient à la mémoire collective.

Pour mieux comprendre les racines mythologiques et rituelles de la fête, on peut se tourner vers les travaux de l’historien et folkloriste Vladimir Propp, notamment «Les fêtes agraires russes», où il analyse la symbolique des cycles saisonniers. Une approche plus large de la culture populaire médiévale se trouve aussi chez Mikhaïl Bakhtine, dans «L’œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et à la Renaissance», qui éclaire l’esprit carnavalesque et la logique du renversement propre aux fêtes comme Maslenitsa.

En plus, dans notre cours publié sur le site — Trésors de la Russie : cours en russe, avec sous-titres en français et en russe — un épisode entier est consacré à Maslenitsa : une vidéo en russe avec sous-titres français. Suivez le lien et plongez dans l’atmosphère de la fête.
[ Maslenitsa dure une semaine entière, du lundi au dimanche, et chaque jour possède son nom, son atmosphère et sa symbolique ]
La semaine de Maslenitsa — sept jours, du lundi au dimanche

Ма́сленица dure une semaine entière, du lundi au dimanche, et chaque jour possède son nom, son atmosphère et sa symbolique. C’est une progression : de la préparation joyeuse vers un moment plus intérieur, celui du pardon et du passage au Вели́кий пост.

Lundi — Встре́ча (la Rencontre)
On « rencontre » la fête. On prépare l’effigie de l’hiver, souvent en paille, que l’on installera sur la place du village ou du quartier. Les premiers блины́ (crêpes) apparaissent. La semaine commence doucement, comme une porte qui s’ouvre.

Mardi — Заи́грыши (les Jeux, les flirts)
Traditionnellement, c’était le jour des rencontres et des jeux populaires. On glisse sur la neige, on chante, on rit. Dans les villages anciens, cette journée avait aussi une dimension sociale : elle favorisait les rencontres entre jeunes gens à l’approche du printemps.

Mercredi — Ла́комка (la Gourmande)
La table devient centrale. On rend visite, on offre des blinis avec du miel, de la confiture ou de la смета́на (crème aigre traditionnelle russe). La générosité est au cœur de la journée. Recevoir et partager sont déjà une manière d’entrer dans l’esprit du renouveau.

Jeudi — Разгуля́й (le Grand Élan)
C’est le sommet festif de la semaine. Foires, musique, danses, parfois anciennes compétitions et jeux collectifs. La Maslenitsa prend ici une dimension presque carnavalesque, que certains chercheurs rapprochent des traditions européennes du carnaval.

Vendredi — Тёщины вечёрки (la soirée chez la belle-mère)
Les relations familiales sont mises à l’honneur. Le gendre invite sa belle-mère à goûter ses blinis. Derrière la légèreté apparente, il y a une affirmation des liens et du respect mutuel.

Samedi — Золо́вкины посиде́лки (les rencontres des belles-sœurs)
Encore un jour consacré aux liens familiaux, notamment entre jeunes femmes. La maison redevient le centre de la fête, plus intime, plus chaleureuse.

Dimanche — Прощёное воскресе́нье (le Dimanche du pardon)
Le moment le plus profond. On demande pardon à ses proches avec des mots simples : « Прости́ меня́ » (pardonne-moi). On se libère des tensions avant d’entrer dans le Grand Carême. Le soir, l’effigie de l’hiver est brûlée — geste symbolique de purification et d’adieu au froid.
[ Aujourd’hui encore, préparer des blinis pour Maslenitsa reste un geste simple mais profondément vivant, transmis de génération en génération ]
Le goût de Maslenitsa — chaleur, crêpes et partage

S’il y a un symbole universel de Ма́сленица, c’est bien le бли́н — la crêpe ronde, dorée, lumineuse comme le soleil. Depuis des siècles, les блины́ accompagnent cette semaine de fête : simples ou généreux, ils portent une idée essentielle de la culture russe — partager la chaleur.

Pendant Ма́сленица, la table devient un lieu vivant, presque rituel. On prépare des blinis fins et souples, que l’on sert avec du miel, de la confiture, du beurre fondu ou de la crème aigre. Dans certaines maisons, on ajoute du poisson, du saumon ou même un peu d’икра́ (caviar) pour les grandes occasions. Chaque famille a sa manière, son geste, son souvenir.
Autour de la table, il y a aussi le thé chaud du самова́р (samovar, bouilloire traditionnelle), les conversations longues, le rire, les enfants qui attendent le prochain blin encore chaud. Ce n’est pas seulement un repas — c’est un moment de lien, de maison, de présence.

Aujourd’hui encore, préparer des blinis pour Ма́сленица reste un geste simple mais profondément vivant, transmis de génération en génération.

Pour ceux qui souhaitent s’immerger dans l’atmosphère de Ма́сленица à la russe :) vous trouverez ci-dessous de simples blinis russes selon la recette de ma grand-mère — que nous préparons désormais chaque année avec ma fille, pour célébrer ensemble cette fête chaleureuse.
[ Aujourd’hui encore, beaucoup de Russes voient la fête à travers ses couleurs et ses scènes pleines de vie ]
Maslenitsa dans la culture — la fête vue par Boris Kustodiev

Au-delà des traditions vivantes, Ма́сленица occupe une place particulière dans la culture russe. Chants populaires, théâtre de rue, poésie — la fête a toujours inspiré des formes d’expression où se mêlent joie, foule et lumière d’hiver. Mais c’est surtout la peinture qui a donné à Maslenitsa son image la plus reconnaissable.

Le peintre Бори́с Кусто́диев (Boris Kustodiev, 1878–1927) est souvent appelé le grand artiste de Ма́сленица. Dans ses toiles, la fête devient un monde vibrant : troïkas glissant sur la neige, foires colorées, tables abondantes, silhouettes emmitouflées, ciel clair d’hiver. Il ne peint pas seulement une célébration — il peint l’âme populaire russe, chaleureuse, généreuse, en mouvement.

Ses œuvres ont façonné l’imaginaire visuel de Maslenitsa : aujourd’hui encore, beaucoup de Russes « voient » la fête à travers ses couleurs et ses scènes pleines de vie.

Pour découvrir cet univers, vous pouvez explorer les tableaux de Kustodiev consacrés à Ма́сленица dans la galerie ci-dessous — une fenêtre ouverte sur la Russie festive d’autrefois.

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